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Léa Gillabert

Publié le 23 août 2017

Lausanne c’était mieux avant ? Le Flon à travers le temps

Saviez-vous que le Flon est avant tout une rivière ? Que le Grand-Pont avait deux étages d'arches ? Que l'on doit l'expansion du quartier à une famille de tanneurs ? TocToc vous raconte l'histoire de ce mythique quartier lausannois !

Le Flon est un quartier emblématique et son histoire l’est tout autant. En effet, même si l’on se souvient de la célèbre « ficelle » (le métro) ou des années alternatives du quartier, le Flon a d’autres beaux secrets à révéler. TocToc vous fait voyager dans le temps, avec une chronologie qui retrace les différentes étapes de cette fameuse partie de la capitale vaudoise.

La rivière du Flon

Avant d’être un quartier, le Flon est une rivière. Celle-ci s’écoule dans la vallée du même nom, en bordure de la ville. Au XVIII ème et XIX ème siècles, des commerces et industries qui avaient besoin d’eau s’installèrent à proximité de la rivière, afin de développer leurs activités. Le quartier se crée.

La rivière du Flon dans la vallée du même nom

En 1832, une épidémie de choléra touche une grande partie de l’Europe. La Suisse n’est pas épargnée mais les villes de Lausanne et Genève s’en sortent miraculeusement. Cependant, la peur s’installe. En plus des problèmes de salubrité, les crues fréquentes mènent la ville à prendre la décision de voûter les rivières du Flon et de la Louve qui traversent Lausanne. Celles-ci coulent encore sous les pieds des Lausannois comme l’explique ce reportage du Temps.

Voutage du Flon en 1880-1890

La famille Mercier

L’histoire du quartier est directement liée à celle d’une famille, la famille Mercier. Tout commence en 1740 lorsque Pierre Mercier et ses deux frères établissent leur tannerie dans la capitale vaudoise. Ils sont français et fuient le pays suite aux violences et législations anti-protestants. En effet, comme de nombreux huguenots (protestants français) à l’époque, Pierre Mercier et ses frères trouvent refuge en Suisse romande.

André Schmidt, 1870, Vallée du Flon, Pont et Maison Mercier

Leur tannerie est en bordure du Flon (avant que celui-ci ne soit recouvert) car l’eau est indispensable pour l’industrie du cuir. Leur commerce est florissant et ils font fortune. La direction de l’établissement est ensuite donnée à Jean-Jacques Mercier I, le fils de Pierre. Celle-ci sera transmise de père en fils sur plusieurs générations.

Friedrich Von Marens, estampe de la vue sur le Grand-Pont depuis la vallée du Flon, 1850

La ligne Lausanne-Ouchy

C’est Jean-Jacques Mercier III, arrière-petit-fils de Pierre Mercier, qui va donner une nouvelle impulsion au business de la famille et marquer un tournant dans l’histoire de la vallée du Flon. Sous sa direction, la tannerie gagne une renommée mondiale et fait commerce avec l’Angleterre et les Etats-Unis. De plus, il étend les affaires familiales à de nouveaux secteurs tels que le commerce de denrées et l’immobilier. Mais c’est l’industrie du chemin de fer qui transformera le Flon et fera la renommée de Jean-Jacques Mercier III.

Jean-Jacques Mercier III

En effet, ce dernier et Louis Gonin, un autre entrepreneur, proposèrent à la ville de Lausanne la création d’un chemin de fer allant de la gare jusqu’à Ouchy, en passant par le Flon. L’idée est de pouvoir acheminer des marchandises plus facilement jusqu’au centre-ville. La ville accepte et cède le terrain de la vallée du Flon à la famille Mercier en contrepartie de leur engagement à financer les travaux. Ceux-ci commencent en 1874 et finissent en 1877.

Aplanissement et travaux du Flon, date inconnue

Au final, la gare et le funiculaire d’Ouchy sont créés, ainsi que la construction des entrepôts au Flon. La vallée est aplanie et la première rangée d’arches du Grand-Pont est ensevelie.

Gare de marchandise du Flon, 1904-1905

 

Le développement industriel du Flon

Les entrepôts se multiplient et la plateforme du Flon devient la principale gare de marchandise de Lausanne. Le quartier se transforme rapidement. Parallèlement, Jean-Jacques Mercier III quitte la Suisse pour des raisons fiscales en 1886. Il continue cependant de gérer les affaires de la famille et de la Compagnie du chemin de fer Lausanne-Ouchy. En 1898, il lance même la construction de la Maison Mercier, magnifique bâtiment devenu emblématique au centre ville.

Maison Mercier en construction, anonyme, 1899

La même année, Jean-Jacques Mercier III et son fils du même nom décident de vendre la tannerie qui peine à faire face au protectionnisme du marché américain. La famille continue d’investir dans l’immobilier et possède tous les bâtiments du Flon, le lac de Bret (qui alimente la ville en eau potable et en électricité pour le funiculaire), le château d’Ouchy et, bien sûr, la Compagnie de chemin de fer.

André Kern, les entrepôts du Flon, 1925-30

Le quartier du Flon, de son côté, accueille de nombreux entrepreneurs, heureux de pouvoir s’installer dans la zone industrielle de la ville. Celle-ci se développe constamment, sous la direction de Jean-Jacques Mercier IV et V, jusque dans les années 1940.

Anonyme, Les nombreux dépôts du Flon, 1940-49

Le creux de la vague

L’histoire du Flon prend encore une nouvelle direction à partir des années 1950. En effet, en 1954, la ville construit une nouvelle gare de marchandise dans le quartier de Sébeillon. Cela lui permet de profiter d’une surface bien plus grande, l’espace du Flon devenant insuffisant, et de ne pas faire passer toutes les marchandises par la gare.

Etienne Porret, Flon, 1960

Le transport de certaines marchandises, ainsi que de personnes, continue cependant au Flon, mais ses activités ralentissent. Les entrepôts sont alors transformés en bureaux ou en ateliers. L’imprimerie Centrale et les maraîchers continuent également à faire vivre le quartier jusqu’en 1970, où les entreprises quittent petit à petit le Flon pour s’installer dans les nouvelles zones industrielles de Renens, Bussigny, Crissier et Ecublens.

Les années alternatives

Dans les années 1980, le Flon entre dans sa fameuse période alternative qui durera plus d’une décennie.  Le quartier jouit à cette époque là d’une mauvaise réputation. Des dépôts sont vides, certains bâtiments sont décrépis, voire à l’abandon, et la prostitution y devient omniprésente la nuit venue.

Le Flon en 1985-90

 

En 1985, le MAD ouvre ses portes et attire au Flon une nouvelle population : les clubbers. L’arrivée de nouvelles boutiques telles que Pomp it up, Pompes funèbres et Maniak redonnent également vie au quartier qui devient un haut lieu de la culture alternative et branchée de l’époque.

Le Flon en 1985

Le renouveau du Flon

En parallèle, la famille Mercier cherche à transformer le Flon dont les bâtiments continuent de se détériorer. Pour ce faire, une collaboration avec la ville est de mise. Après plusieurs projets et contre-projets qui s’étalent sur plus d’une décennie, la décision est prise en 1999 d’adopter le plan d’affectation proposé par la ville. Certains bâtiments historiques sont préservés et d’autres sont construits. Depuis lors, les travaux se succèdent. Le Flon devient, ainsi, un espace de commerce, de restauration, d’activité et d’habitation.

Le Flon aujourd’hui

De nouveaux projets devraient également voir le jour prochainement, la preuve que la transformation et l’histoire du Flon sont loin d’être terminées !

Images d’archives : Site des musées de Lausanne 

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