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Mériem Ottet

Publié le 8 novembre 2018

Quand un explorateur Lausannois fait renaître Pétra! (1/2)

Classé à l’Unesco depuis 1985 et reconnu comme huitième merveille du monde, le site de Pétra ne laisse indifférents ni aventuriers, ni l’équipe de TocToc. Friands des belles choses, nous avons eu l’occasion de découvrir cette œuvre architecturale. Plongez au coeur de cette envoûtante splendeur orientale !

Vous le savez, chez TocToc, nous avons plaisir à vous présenter le patrimoine architectural des quatre coins du monde. Rappelez-vous, en juillet, c’est l’architecture rétaise qui était sous le feu des projecteurs! Aujourd’hui, nous vous donnons rendez-vous sur le site de Pétra, en Jordanie, pour découvrir la fusion de l’architecture hellénistique avec la tradition orientale. Vous en apprendrez également plus sur le lien qui unit la Suisse à Pétra.
 

Quel rapport entre la Suisse et Pétra ? Un Lausannois !

 
Ce trésor historique datant de l’Antiquité (VIIIe siècle av. J.-C.) se situe en Jordanie méridionale, à près de 300 kilomètres au sud d’Amman et à quelque 4000 kilomètres de la Suisse. Il est redécouvert en 1812 par l’explorateur suisse Jean Louis Burckhardt. Devant contourner la méfiance et la barrière protectrice instaurée par les Arabes de l’époque, l’explorateur se glisse dans la peau d’un fils du désert. Il prend alors le pseudonyme d’Ibrahim Ibn Abdullah ou Cheikh Ibrahim. En effet, à cette époque de l’Empire ottoman, la curiosité des Occidentaux par rapport aux « antiquités » n’est pas la bienvenue. Il est donc difficile pour un francophone de se faufiler parmi les tribus arabes. Et pourtant…

 

Comme passer de Roméo et Juliette aux Mille et une nuits

 

Portrait de Jean Louis Burckhardt © Wikipédia

Après avoir quitté Lausanne pour Londres en 1806, Burckhardt intègre l’African Association, engagée dans les expéditions en Afrique et en Asie. Afin de sillonner plus facilement les régions du Levant, il troque son chapeau contre un turban pour dissimuler ses origines européennes. Imaginez Jean Louis Burckhardt, pardon, Cheikh Ibrahim, passer de la langue de Molière ou de Shakespeare à l’arabe, de Hello à Salam alikoum ! Car avant de prendre le chemin de Damas vers l’Egypte en traversant l’actuelle Jordanie, le Lausannois a appris la langue arabe, étudié l’Islam et passe même pour un érudit du droit musulman. Une profonde métamorphose dont rêverait n’importe quel anthropologue !

Encadré de près par un guide, Burckhardt n’a pas la possibilité d’alimenter sa documentation par des prises de notes ou des croquis. Il quittera la Cité Rose avec des souvenirs sommaires.
 

L’origine de la Cité Rose

 
Il est difficile de dater la construction de Pétra. Toutefois, les spécialistes nous informent qu’elle est occupée au VIIIe siècle av. J.-C. par les Edomites, un peuple de langue hébraïque dont l’origine reste obscure. A la fin du IVe siècle av. J.-C., la région commence à être peuplée par les Nabatéens, un peuple arabe de caravaniers. Puis, vers le IIIe siècle av. J.-C. et grâce à leurs activités commerciales, les Nabatéens s’adaptent d’une manière impressionnante à Pétra – une région isolée et difficilement habitable. L’habitat passe de la tente à la maison et l’Empire nabatéen, moyennant des aménagements ingénieux, passe de site isolé à cité habitable, vivante et imposante.

Vers le milieu du VIIe siècle, à la suite de changements humains et naturels (modifications des routes, séismes), Pétra est désertée et tombe dans l’oubli. Seuls les Bédouins de la région lui restent fidèles. De 1812 jusqu’à aujourd’hui, témoin d’un passé mystérieux, la capitale nabatéenne fascine et attise la curiosité de personnes venant du monde entier.
 

Une architecture entre art et Mère Nature

 

Impressionnante et saisissante, Pétra est une ville creusée dans la roche. Lors de la première visite, on est déjà décidé à la revisiter. En effet, à l’arrivée et une fois passé les shops touristiques, le visiteur est rapidement frappé par la grandeur de la beauté et l’histoire architecturale du lieu.

Les Cubes Djinn

Les premières traces de l’architecture rupestre sont les Cubes Djinn. Il s’agit de trois curieux monuments de forme cubique taillés dans la roche. Le plus grand est haut de 9 mètres. Les versions de leur fonction divergent. Pour certains, ces cubes servaient de réservoirs d’eau, pour d’autres ils abritaient des esprits maléfiques faisant fuir toute personne mal saine pour le lieu. D’autres sources encore décrivent ces cubes comme des simulacres divins chargés de protéger le lieu.

Un des trois cubes Djinns

A quelques mètres des Cubes Djinn, sur la gauche du sentier, on découvre la Tombe des Obélisques et le Bab al Sîq Triclinium. A première vue, une seule construction se dresse devant nous. Mais en réalité, il s’agit de deux monuments distincts, créés l’un sur l’autre. Leur datation reste approximative mais les archéologues se mettent d’accord de situer la tombe vers la première moitié du Ier siècle apr. J.-C., alors que le monument du dessous, une salle recevant les banquets et les symposiums en l’honneur des défunts, serait de la seconde moitié.

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Vue de la Tombe des Obélisques et du Bab al Sîq Triclinium

Un point essentiel à relever est la différence stylistique entre les deux structures et même sur la même structure. Une observation de la Tombe des Obélisques, par exemple, laisse apparaître des motifs d’inspiration égyptienne, d’autres rappelant le style hellénique – une pluralité témoin de l’évolution de Pétra.

On dépasse Bab al Sîq (de l’arabe qui signifie « la porte du fossé ») et on arrive au Sîq. La merveille est indescriptible. Un canyon long de près de 1200 mètres. Sa largeur maximum atteint les 10 mètres alors que la longueur minimum est de moins de 3 mètres. Sa hauteur, quant à elle, dépasse les 100 mètres à quelques endroits.  Le Sîq est le fruit d’une évolution et de danses telluriques. Ses rainures sur les deux côtés font le bonheur de tous les photographes!

Le Sîq

La ville bariolée ne se visite pas en un jour, elle ne se raconte pas non plus en un seul article. Un prochain article suivra. Sur ces belles paroles et sur ces belles images, nous espérons vous avoir transportés jusqu’au fin fond des deux parois du Sîq.